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Lâchez un peu de brides
Les comédiens tentent de nous livrer la poésie et la musicalité des vers de Claudel en les respectant très religieusement. Ils nous rendent le texte parfaitement et l'on entend quatre sons d'une même histoire qui s'accorde ou dissone, quatre point de vue différents mais complémentaires. Hélas les déplacements et la gestuelle chorégraphiée, très lente, parfois trop expressive nous laissent assez perplexes. Surtout on n'en comprend pas du tout le sens et la justification. Le lyrisme du texte est souvent souligné, parfois surligné, aux dépends du jeu. On perd complétement de vue la dangerosité des choix et la mostruosité de cet "échange". Yves Beaunesnes semble avoir abandonné le jeu au profit du texte et l'on est déçu de ne pas voir une proposition plus afirmée, une lecture plus personelle de ce texte. Julie nathan (Marthe), lors de la rencontre à la suite de la pièce, comparera L'échange à un cheval au galop sur la plage qu'il faudrait toujours retenir pour ne pas se précipiter. La plage est là, le cheval aussi, il nous manque le galop. Lâchez un peu de brides que le cheval galoppe et qu'on puisse craindre l'existence du précipice. Actualité(s) similare(s)

quatre comparses jouent leur morceaux avec truculence
Construit comme un cabaret politique, Voltaire's folies est une succession de tableaux pointant certains travers de notre monde moderne. On en rit pour ne pas avoir à en pleurer. On est surpris par cette ironie provoquante qui fait mouche peut être encore plus violemment qu'à la création de la pièce dans les années 70. Voltaire (et Jan François Prévand aujourd'hui) en mettant en scène les carricatures du catholique, du juif, du protestant et du musulman dispose d'une liberté de ton qui ne semble plus aussi évidente aujourd'hui. Nos quatre comparses jouent leur morceaux avec truculence et l'on passe une bonne soirée tout en se nourissant de réflexions à murir à la sortie. Un théâtre intelligent qui n'en abandonne pas pour autant ses valeurs de divertissement. A voir ! Actualité(s) similare(s)

Le machisme détourné
La mégère, c'est Catarina, fille ainée d'un gentilhomme de Padoue. Elle est colérique, hautaine et refuse toute sorte d'autorité. Sa s?ur cadette, Bianca, est tout son contraire : douce et gentille. Le père des ses deux charmants enfants refuse que la plus jeune se marie avant son ainée. C'est ainsi que les courtisans de Bianca mettront en place ruses et stratagèmes pour se rapprocher un peu plus de leur bien aimée. Les valets deviendront maîtres, les honnêtes gentilshommes deviendront riches pères fictifs... Au même moment, un gentilhomme arrivé de Vérone, Petruchio, se met en tête d'épouser une riche demoiselle. Il entend parler de Catarina et de sa dote, et décide de l'épouser, que ce soit avec ou sans l'accord de la jeune femme concernée. De ces deux trames principales découleront accidents, coïncidences rocambolesques et catastrophes. Les comédiens débordent d'énergie et se laissent guider avec plaisir par ce metteur en scène extravagant. Tout est réglé au millimètre près, les acteurs prennent plaisir à jouer et nous prenons plaisir à les regarder. Une simple planche de bois suffit à habiller les personnages, permettant ainsi aux acteurs d'échanger de costumes en une vitesse éclair. Une mise en abyme du théâtre dans le théâtre, un des créneaux les plus appréciés de Shakespeare, suffit à lancer une histoire simple et à prendre le recul nécessaire au discours énoncé. D'ailleurs si l'histoire peut paraître, sous certains aspects, misogyne, Kor?unovas s'en sort merveilleusement en utilisant une mise en scène cruelle et tapageuse. Le discours final de la femme expliquant comment un homme doit imposer à son épouse ses manières de vivre, choque le spectateur, et sans doute encore davantage la spectatrice. Mais le metteur en scène détourne magistralement le fond de cette pensée machiste, et nous donne à voir une toute autre version de ce discours. A ne pas manquer ! Actualité(s) similare(s)

L'Egalité des sexes ?
La fin du commencement s'étale avec un brin de nostalgie sur la scène du Studio de la Comédie Française. Une petite maison avec poêle, cheminée, lampe à huile et autres accessoires d'une époque passée, d'une campagne fantasmée. Des personnages qui portent le rythme de la terre solide et sourde en eux. Des paysans et une ferme apparemment typiques nous sont donc présentés sur scène. Mais cette pièce est loin de répondre à l'idéal d'une image d'Epinal puisqu'elle marque un lent, très lent, dérèglement de toutes les règles. Deux mouvements antithétiques s'animent dans La Fin du commencement, celui de la tombée d'un soir ordinaire dans une contemplation mélancolique et celui de la destruction progressive de cet ordre. Les bruits de cloches, les chansons de jeunesse chantées par de vieux paysans qui se souviennent explosent devant l'enchainement de catastrophes, d'abord progressif puis s'accélérant jusqu'à une apothéose, dans les dernières minutes, qui conduit à faire tomber la maison en ruine. La figure de Buster Keaton vient forcément à l'esprit quand on assiste à ce déploiement de forces désespérées pour dompter une maison quasi vivante. Il s'agit donc de combiner ces deux rythmes pour donner à la pièce sa matière. Exercice périlleux pour les comédiens qui doivent intégrer ces deux temporalités. Michel Duchaussoy et Michel Robinpénètrent avec brio dans cette langueur d'une fin de journée. Ils jouent à merveille avec cette matière qui se rebelle, gardant ce mouvement intérieur de surprise et d'incrédulité intact. Le spectateur doit quant à lui savoir prendre son temps et s'imprégner de l'atmosphère de cette fin de journée. Actualité(s) similare(s)
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